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Traditions, folklore et manifestations à Sellia

Les traditions locales de Sellia sont le reflet le plus authentique de son peuple. Profondément enracinées dans la mémoire historique et religieuse du bourg, ces coutumes se concentrent dans des manifestations communautaires d'une rare force évocatrice, dont les temps forts coïncident avec le cycle pascal, la saison estivale et les fêtes de Noël.

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Le drame sacré de la Semaine sainte

C'est surtout la Semaine sainte qui révèle l'âme la plus intense de la communauté. Toute la ritualité de ces jours est imprégnée d'une imposante dramaturgie de la mort et de la renaissance, où le sacré se mêle à des gestes et à des symboles archaïques.

Le Jeudi saint, le reposoir, communément appelé le « Sépulcre », est solennellement installé à l'intérieur de l'église mère. Selon la pratique liturgique, à la fin de la célébration, le curé dépose les hosties consacrées dans la nef gauche, près de l'autel de l'Immaculée. L'espace est orné de tentures, de cierges et des « piattelli » caractéristiques : de petites assiettes de légumineuses et de céréales mises à germer dans l'obscurité. La couleur pâle des plantules, due à l'absence de chlorophylle, évoque la privation de vie et le mystère du tombeau dans l'attente de la Résurrection. Pendant la nuit, les femmes du village veillent sur le lieu de réserve en entonnant d'anciennes lamentations funèbres d'une profonde intensité expressive.

Du Jeudi saint au Samedi saint, la communauté vit un temps de deuil suspendu. Les cloches se taisent, le tabernacle reste vide et le maître-autel est dépouillé. L'heure des offices religieux est marquée par la toppita, un instrument en bois muni d'un battant en fer dont le son sourd contraste avec la gaieté du bronze. Dans les rues du bourg, la trompette et le tambour résonnent, alternant les rythmes du deuil et les appels de l'espérance.

Le Vendredi saint, le chemin de croix nocturne déroule ses flambeaux dans le centre historique, accompagné des statues de Notre-Dame des Douleurs, de l'Ecce Homo et de la Naca. La mémoire du Calvaire revit également dans la procession vivante, qui culmine avec la lamentation émouvante de Marie sur le parvis de l'église paroissiale ; autrefois, un vieil homme pieux du village parcourait pieds nus les rues de la localité en portant une lourde croix sur son épaule.

Tous les quatre ans, toute la journée du Vendredi saint devient la scène de l'Opera Sacra. Il s'agit d'une majestueuse représentation théâtrale en vingt actes et un prologue, fondée sur un texte de 1886 transmis de génération en génération et interprétée avec une extraordinaire identification par les habitants eux-mêmes.

Les rites disparus du Jeudi saint et du Vendredi saint

La mémoire historique de Sellia conserve le souvenir de cérémonies émouvantes aujourd'hui disparues. Parmi elles figurait la Trasuta du Jeudi saint dans l'église Saint-Nicolas-de-Bari : à la fin d'un sermon en cinq parties, un prédicateur de carême détachait du bois un petit Crucifix articulé pour le remettre symboliquement à la Vierge. À l'appel du prédicateur, la statue de Notre-Dame des Douleurs entrait en courant dans l'église et accueillait son Fils dans ses bras, au milieu de l'émotion des fidèles.

Dans l'après-midi du Vendredi saint, l'église du Très-Saint-Rosaire accueillait en revanche les « Trois Heures d'Agonie ». L'autel était aménagé en forme de Calvaire, avec au centre le Crucifix et les statues de la Passion. Pendant trois heures, le prédicateur évoquait les dernières étapes de la vie du Christ, en recourant à des tons emphatiques et à des représentations saisissantes destinées à toucher les consciences de l'auditoire.

La joie de Pâques et les rites de bon augure

Le deuil de la Passion se dissipe dans la nuit de Pâques avec la Cunfrunta. La rencontre entre le Christ ressuscité et sa Mère se déroule dans la nef centrale de l'église mère : les porteurs font courir les deux statues l'une vers l'autre jusqu'à ce qu'au moment des retrouvailles, le manteau noir de la Vierge soit retiré pour révéler une robe bleu ciel étoilée, au son des cloches en fête et des chants de jubilation.

Les rites pascals se terminent avec les Tummulieri, expression dérivée du latin Tu in mulieribus. À cette occasion, deux groupes de fidèles traversent en procession le centre historique en récitant le Rosaire dans un latin archaïque et populaire. Le parcours est accompagné de torches, de pétards et de mortiers ; autrefois, on tirait même des coups à blanc avec des cartouches préparées sur place par les fidèles, associant au sentiment de fête une ancienne intention apotropaïque visant à éloigner les forces du mal.

Le cycle estival et automnal

Si le printemps est marqué par la dévotion pascale, l'été et l'automne mêlent la dimension religieuse aux ressources et à la culture du territoire.

Le 5 août, Sellia célèbre la fête de Notre-Dame-des-Neiges, tandis que le 17 août la communauté accueille la Fête de l'huile d'olive. Destiné à valoriser la principale ressource agricole locale, l'événement attire chaque année de nombreux visiteurs venus déguster les produits typiques du lieu.

Le premier dimanche d'octobre ont lieu les célébrations solennelles en l'honneur de Notre-Dame du Rosaire, envers laquelle les habitants nourrissent une dévotion séculaire. En fin d'après-midi, la statue de la Vierge est portée en procession dans les rues du village jusqu'à l'église du Très-Saint-Rosaire.

Un rite automnal aujourd'hui disparu se déroulait le dernier vendredi d'octobre, avant le début des sept samedis précédant l'Immaculée. Pendant la procession du tableau de la statue de la Vierge, les enfants du village éclairaient le parcours avec des torches particulières faites de plantes sauvages, les sproni, séchées et imprégnées de murga, le résidu épais de l'huile d'olive.

Le patron saint Nicolas et les traditions de Noël

Le 6 décembre, Sellia célèbre son patron, saint Nicolas de Bari. La statue du Saint parcourt les rues du village, accompagnée des chants traditionnels et de la fanfare, et la solennité se termine par la Messe et un feu d'artifice.

La période de Noël se distingue par une atmosphère de participation intime et intense. Le dîner de la veille réunit les familles autour des valeurs de l'affection et de la mémoire, tandis que des crèches aménagées avec de la mousse et du liège du territoire prennent forme dans les maisons et dans l'église.

Dans la nuit du 24 décembre, à la fin de la Messe de minuit, les fidèles se retrouvent sur la place devant l'église mère autour d'un grand feu de joie, symbole de lumière et de renaissance. Les festivités se poursuivent jusqu'à l'Épiphanie avec la procession de l'Enfant Jésus le 6 janvier et la coutume de la strina : des groupes joyeux parcourent les rues du bourg tard dans la nuit, portant de maison en maison des chants de vœux en échange de l'accueil et de l'hospitalité des propriétaires.

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